Retour sur l’histoire sombre de « Turtle Island »
Entre plages paradisiaques, plongée sous-marine et nuits festives, Koh Tao est l’une des îles les plus populaires du golfe de Thaïlande. Pourtant, depuis 2014, son nom est régulièrement associé à une série de faits divers, de disparitions suspectes et d’affaires controversées.

Koh Tao, une île de carte postale
Au large de la province de Surat Thani, Koh Tao est devenue au fil des années un rendez-vous incontournable des voyageurs en Thaïlande.
Ses eaux turquoise, ses récifs coralliens et ses plages ont fait sa réputation auprès des plongeurs et des backpackers du monde entier. Plus petite et plus tranquille que Koh Samui, l’île attire notamment de nombreux jeunes voyageurs venus apprendre la plongée ou poursuivre leur itinéraire dans le sud du pays.
Mais cette image idyllique a progressivement été éclipsée par une série d’affaires dramatiques.
Depuis 2014, plusieurs décès et disparitions de visiteurs étrangers ont alimenté une réputation inquiétante, certains médias allant jusqu’à surnommer Koh Tao « Death Island », ou « l’île de la mort ».
Il faut toutefois être prudent : plusieurs de ces décès ont été officiellement attribués à des accidents ou à des suicides, et rien ne permet d’affirmer qu’ils sont liés entre eux. Les autorités thaïlandaises ont d’ailleurs régulièrement contesté l’image d’une île particulièrement dangereuse.

Septembre 2014 : le double meurtre qui change tout
Le 15 septembre 2014, Koh Tao fait la une de la presse internationale.
Les corps de Hannah Witheridge, 23 ans, et David Miller, 24 ans, deux jeunes Britanniques en voyage en Thaïlande, sont découverts sur une plage de l’île. Les deux victimes ont subi de graves blessures à la tête. L’enquête établira également que Hannah Witheridge a été agressée sexuellement.
L’affaire provoque immédiatement un immense émoi en Thaïlande et au Royaume-Uni et l’enquête policière va rapidement susciter des interrogations. La scène de crime aurait notamment été mal préservée dans les premières heures, tandis que les enquêteurs explorent successivement plusieurs pistes. La pression est considérable : il faut retrouver rapidement les responsables d’un crime qui risque de porter un coup important à l’image touristique de la Thaïlande.
Deux travailleurs birmans condamnés
Deux semaines après les meurtres, deux travailleurs migrants originaires du Myanmar, Zaw Lin et Win Zaw Tun, sont arrêtés.
La police thaïlandaise affirme disposer de preuves ADN et annonce que les deux hommes ont avoué les crimes. Mais les suspects se rétractent ensuite et affirment avoir subi des pressions lors des interrogatoires. Des organisations et observateurs des droits humains mettent alors en cause les conditions de l’enquête et les méthodes utilisées pour obtenir les aveux.
Les deux hommes sont finalement condamnés à mort en 2015.
Leur condamnation est confirmée en appel puis par la Cour suprême thaïlandaise en 2019 et en août 2020, leur peine capitale est commuée en réclusion à perpétuité dans le cadre d’une grâce royale.

Une succession de décès troublants
Le double meurtre de 2014 n’est cependant pas le seul événement à avoir contribué à la réputation mystérieuse de Koh Tao.
Avant même la mort de Hannah Witheridge et David Miller, le Britannique Nick Pearson, 25 ans, avait été retrouvé mort dans la mer le 1er janvier 2014. La police avait conclu à une noyade après une chute accidentelle.
En 2015, plusieurs autres affaires attirent l’attention.
Le Français Dimitri Povse est retrouvé mort dans des circonstances considérées comme un suicide, bien étrange de se pendre les mains liées dans le dos, tandis que Christina Annesley, une Britannique de 23 ans, est retrouvée morte dans sa chambre.
En janvier 2016, Luke Miller, 26 ans, est retrouvé mort dans une piscine. La police ne retient pas la piste criminelle et évoque une noyade accidentelle.
La disparition de la Russe Valentina Novozhyonova et la mort de la Belge Elise Dallemagne en 2017 ravivent encore les interrogations autour de l’île.
Des affaires vraiment liées entre elles ?
La répétition de décès de jeunes étrangers sur une petite île a naturellement alimenté les théories les plus diverses sur Internet. Certains évoquent une criminalité organisée, d’autres une supposée influence de familles locales ou encore des dissimulations.
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Mais aucune preuve publique ne permet d’établir que toutes ces affaires sont liées entre elles.
En 2017, les autorités de Surat Thani ont justement organisé une présentation publique destinée à répondre aux accusations selon lesquelles Koh Tao serait une « île de la mort ». La police a expliqué que plusieurs décès avaient fait l’objet d’enquêtes et que la plupart n’étaient pas considérés comme criminels.
La réputation de Koh Tao repose donc sur un mélange complexe : un véritable double meurtre particulièrement violent, plusieurs décès aux circonstances troublantes, des enquêtes critiquées et une importante couverture médiatique.
Koh Tao : paradis ou « île de la mort » ?

L’île continue d’accueillir des voyageurs du monde entier et reste l’un des hauts lieux de la plongée en Thaïlande. La majorité des visiteurs y passent leurs vacances sans rencontrer le moindre problème.
Mais l’affaire de 2014 a laissé une cicatrice durable.
Koh Tao restera probablement encore longtemps associée à cette question : comment une île aussi paradisiaque a-t-elle pu devenir le décor d’une affaire criminelle aussi controversée ?





