Thaïlande : la mafia des taxis au pays du sourire

Le récent meurtre entre clans de chauffeurs à Koh Samui a remis en lumière une réalité, derrière l’image paradisiaque de certaines destinations thaïlandaises se cache un véritable système mafieux contrôlant les transports locaux.

Photo via Facebook / ทันเหตุทั่วไทย

À Koh Samui, île touristique prisée du golfe de Thaïlande, les tensions entre groupes de chauffeurs ne datent pas d’hier. Depuis des années, plusieurs réseaux se disputent le contrôle des zones stratégiques : aéroports, ports, hôtels de luxe, plages et quartiers festifs. Les altercations, intimidations et violences sont fréquentes, mais l’affaire récente ayant conduit à un homicide marque une nouvelle escalade dans cette guerre territoriale.

Des “clans” organisés autour du tourisme

Le fonctionnement de ces réseaux repose souvent sur une logique de monopole local. Dans certaines zones touristiques, les chauffeurs indépendants ou les plateformes de VTC sont purement et simplement interdits d’accès par des groupes organisés. Les tarifs sont imposés sans compteur, souvent à des prix très supérieurs aux standards nationaux.

Bangkok : une capitale où les abus persistent

À Bangkok, les taxis traditionnels sont omniprésents, mais les pratiques abusives restent fréquentes malgré les efforts des autorités. Refus de course, absence de compteur, surfacturation des étrangers ou encore sélection des clients selon la destination : les plaintes sont nombreuses.

Avec l’arrivée d’applications comme Grab ou Bolt, une partie des usagers pensait voir disparaître ces pratiques. Pourtant, les tensions entre taxis traditionnels et VTC demeurent fortes. Plusieurs mouvements de protestation ont déjà eu lieu dans la capitale thaïlandaise, certains syndicats accusant les plateformes de “casser” le marché.

Même dans les aéroports internationaux, les files de taxis sont parfois contrôlées par des intermédiaires informels imposant leurs règles et leurs tarifs.

À Phuket, Krabi et Koh Lanta, le secteur des taxis fonctionne parfois comme un véritable système fermé où certains groupes contrôlent ports, aéroports et zones touristiques stratégiques. De nombreux voyageurs dénoncent des prix arbitraires, l’absence de compteur et des intimidations envers les chauffeurs utilisant des applications comme Grab ou Bolt.

À Phuket notamment, la réputation des “taxi mafias” dépasse depuis longtemps les frontières de la Thaïlande. Malgré plusieurs opérations des autorités pour tenter de reprendre le contrôle du secteur, les réseaux locaux conservent une forte influence grâce aux revenus considérables générés par le tourisme international.

À Krabi et Koh Lanta, la situation paraît plus discrète mais repose souvent sur les mêmes mécanismes : ententes entre chauffeurs, monopoles informels et pression sur la concurrence. Dans certaines zones, les touristes n’ont pratiquement pas d’alternative aux transports imposés localement, avec des tarifs pouvant atteindre plusieurs fois les prix pratiqués ailleurs dans le pays.

Une image touristique fragilisée

La Thaïlande accueille chaque année des millions de visiteurs venus chercher plages, hospitalité et dépaysement. Mais ces affaires de violence et de corruption ternissent progressivement l’image du pays.

Pour de nombreux touristes, l’expérience commence souvent par un conflit autour d’un taxi dès l’arrivée à l’aéroport ou au port. Entre tarifs opaques, intimidation et sentiment d’insécurité, certains dénoncent un climat d’impunité.

Le meurtre récent à Koh Samui agit donc comme un révélateur : derrière les cartes postales paradisiaques, le contrôle des transports touristiques représente un enjeu économique majeur, parfois dominé par des groupes aux méthodes proches du crime organisé.

Pourquoi cela arrive-t-il sans cesse ?

Dans des villes comme Bangkok, la concurrence existe. Les taxis à parcmètre, le BTS, le MRT, les bus, les moto-taxis et les applications de covoiturage se disputent tous le même client. La concurrence maintient les prix sous contrôle.

À Phuket, Samui et Pattaya, la plupart de ces alternatives n’existent tout simplement pas. Il te faut un véhicule. Le groupe local contrôle les véhicules. C’est toute la dynamique.

Les applications de covoiturage ont commencé à briser ce monopole, ce qui explique précisément pourquoi les groupes locaux les considèrent comme une menace. La violence documentée ces dernières années — les passages à tabac, les voitures bloquées, les meurtres — est en partie une réponse à la perte de contrôle de ce marché.

Le 24 mai 2026, cette guerre de clans a coûté la vie à une personne.

Sikharin Phromcharoen, 31 ans, ancien soldat et chauffeur de taxi volontaire à Koh Samui, a été abattu après avoir récupéré un passager dans une zone qu’un autre groupe considérait comme la leur. Il payait des frais de protection mensuels.

Un suspect a été arrêté. Sept sont toujours en fuite. La famille a demandé la protection des témoins.

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